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Voix de L'OMEP

Urgence de jouer - OMEP Canada





Urgence de jouer - OMEP Canada

 

 

 

Krasimira Marinova

 

Après plusieurs semaines de confinement les enfants retournent à la maternelle. Ils trouveront leur environnement transformé en raison des mesures sanitaires mises en place pour combattre pandémie de la COVID-19. S’adapter à des changements aussi importants occasionne chez les enfants une surcharge émotive pouvant générer un stress.

 

 

 

Plusieurs éléments de la situation étant anxiogènes, il importe de se préoccuper du jeu en classe non seulement comme moyen d’apprentissage, mais aussi et avant tout comme un puissant antidote au stress, comme soupape de sécurité tel que l’envisageait Elkind

 

 

 

 Des recherches menées auprès d’enfants ayant été confrontés à des événements traumatiques -guerres, migration, catastrophes, maladies graves-  ont permis de constater le rôle inestimable du jeu pour leur résilience ainsi que sa force salvatrice. Rappelons avec Winnicott faire le nécessaire pour que les enfants jouent, est une psychothérapie en soi.

 

 

 

 

 

Nous invitons donc les enseignantes à proclamer une urgence pédagogique :  faire vivre le jeu dans la salle de classe à la maternelle.

 

 

 

 

 

Roxane Drainville

 

Dans le contexte actuel, on demande aux enfants de respecter des mesures sanitaires qui impliquent de maintenir une distance physique entre eux et d’éviter de se partager du matériel ou des jouets. Le jeu symbolique reposant sur les interactions sociales, comment alors est-il possible pour eux de jouer dans ces conditions?

 

 

 

Considérant l’importance de maintenir le jeu dans les classes d’éducation préscolaire, nous voulons mettre en lumière ce qu’il est encore possible de faire plutôt que ce qui est devenu impossible. Notamment, dans le jeu d’imitation, l’enfant adopte un rôle et crée un scénario. Ce jeu est encore possible puisque l’enfant peut recourir à la parole pour interagir avec les autres joueurs. Par exemple, deux enfants peuvent jouer aux cuisiniers à distance, chacun avec son matériel, tout en dialoguant et en faisant semblant de se partager du matériel imaginaire.

 

 

 

Le jeu de fiction est également encore possible. Ce jeu amène l’enfant à jouer le rôle d’un metteur en scène et à inventer une histoire avec des figurines. Il joue en s’expliquant à lui-même ce que font ses personnages et en les faisant parler. Simplement à partir de petits bouts de papier, de crayons ou d’effaces, l’enfant crée son univers de jeu grâce à la substitution. Nous invitons ainsi les enseignantes à proposer à chaque enfant un ensemble de figurines et d’objets polyfonctionnels qui l’amèneront à réaliser de nombreuses substitutions et à développer son monde imaginaire.

 

                 

 

 

 

Christian Dumais

 

La substitution dont il vient d’être question, qui est le fait de remplacer un objet, une personne ou une action par autre chose que ce qu’il est, permet de développer la fonction symbolique qui caractérise le jeu. Pour favoriser la substitution chez les enfants, l’adulte peut présenter un objet et amener les enfants à le transformer « dans leur tête » en un autre objet. Par exemple, un foulard peut devenir un serpent ou bien une corde à sauter.

 

Il est aussi possible d’utiliser la littérature jeunesse. Il s’agit de faire la lecture d’un livre avec les enfants et de montrer comment un ou des personnages utilisent la substitution. Plusieurs livres pour enfants mettent en pratique cette dernière. Par exemple, un personnage peut transformer une boite de carton en maison, en voiture, en caverne, etc. Après la lecture, l’adulte et les enfants peuvent à leur tour substituer l’objet du livre, ce qui est fort intéressant pour eux!

 

Il est aussi important de mentionner que la parole occupe une grande place dans le jeu symbolique et qu’elle peut être mise à profit avec les enfants. En effet, sans être dans l’action réelle d’un jeu, avec l’aide de l’adulte, les enfants peuvent ordonner des évènements, prévoir des péripéties, imaginer le déroulement d’un scénario complexe et, finalement, transformer un jeu en histoire. Même si le jeu en soi n’a pas lieu, il faut savoir, comme le dit la pédagogue Raymonde Caffari-Viallon, que « lorsqu’on a tout préparé, tout imaginé et dit tout ce qui va se passer, il n’est plus nécessaire de jouer le jeu ». La satisfaction et le bonheur du jeu seront tout de même au rendez-vous.

 

Krasimira  Marinova

 

Dans un guide destiné aux enseignantes nous proposons des activités concrètes qui permettent de maintenir la période quotidienne de jeu symbolique en classe tout en respectant les mesures sanitaires. Nous reconnaissons toutefois que rien ne peut remplacer le jeu libre, mais nous espérons que les idées proposées contribueront à garder l’esprit du jeu vivant dans la classe et à encourager les enfants à imaginer, à rêver, à verbaliser et finalement à « jouer dans leur tête » en attendant le moment où ils pourront à nouveau faire semblant… pour de vrai.